Après Clément Poitrenaud, c'est Thierry Dusautoir qui monte au créneau. L'ancien capitaine emblématique du Stade Toulousain et du XV de France a publié un long post sur LinkedIn pour défendre Antoine Dupont face aux critiques qui s'accumulent depuis son retour de blessure. Meilleur joueur du monde en 2011, l'ancien 3e ligne sait de quoi il parle. Même si l'aura de Dupont dépasse de loin ce qu'il a pu connaître à l'époque.
Un témoignage, plus qu'une défense
Ce qui distingue la prise de parole de Dusautoir de toutes les autres, c'est qu'il ne défend pas Dupont en analyste. Il témoigne. Et apporte un point de vue et un ressenti que beaucoup ont ignoré. "Après le titre de meilleur joueur du monde, j'ai ressenti une attente incroyable. Comme une forme d'obligation d'être à la hauteur, en permanence. Et forcément, je pense que je me mettais une pression immense pour ne pas décevoir."
Dusautoir sait de quoi il parle. Il a porté ce brassard de France dans des matchs impossibles, été élu meilleur joueur du monde la même année que son équipe perdait sa finale de Coupe du monde. Il connaît le paradoxe : plus tu es grand, moins tu as le droit à l'imperfection.
Son diagnostic sur Dupont est net. "Le héros a joué son rôle de héros pendant six ou sept ans au sommet, une éternité dans un sport de haut niveau aussi intense que le rugby." Ce n'est pas de l'indulgence. C'est de la lucidité sportive. Pas une carrière sur dix offre autant d'années de constance à ce niveau, toutes disciplines confondues, sans connaître des bas. En rugby, à ce poste, avec ce volume de matchs internationaux, c'est presque unique.
"On célèbre l'exception, mais on supporte mal qu'elle ne soit pas constante"
Ce que Dusautoir pointe ensuite, c'est le glissement dans le regard collectif. "On célèbre l'exception, mais on supporte mal qu'elle ne soit pas constante." La bascule entre admiration et exigence implacable ne s'opère pas après une mauvaise saison. Elle s'opère à la première séquence de moindre brillance. Et pour Dupont, cette séquence arrive dans un contexte précis : retour d'une deuxième rupture du ligament croisé, Tournoi des 6 Nations enchaîné dans la foulée, gestion mentale d'un statut qui ne laisse aucun espace pour le doute visible.
L'ancien capitaine des Bleus pose enfin la vraie question. Pas "Dupont est-il encore le meilleur ?", mais : "Comment un athlète gère-t-il la fragilité de ce statut de champion, et compose avec la notoriété et l'importance qu'on choisit de lui donner ?" C'est une question que très peu de joueurs français ont été contraints de se poser.
Dupont sous pression ?
La prise de parole de Dusautoir n'est pas anodine dans le calendrier. Toulouse joue ce samedi soir à Toulon en TOP 14 après la défaite contre Clermont. Et Dupont est attendu comme titulaire à Marseille. Le contexte de pression médiatique autour de lui est maximal. Alors que le rugby tricolore a basculté toute son attention sur le Bordelais Maxime Lucu et en fait le meilleur demi de mêlée du mo... euh de France. Comme avec Jalibert et Ntamack, les deux joueurs sont mis en opposition.
On imagine que les déclarations n'affectent pas le Toulousain. Mais c'est un compétiteur. Et ce qu'il veut avant tout, c'est aider son équipe à gagner. Ce qui passe aussi par de meilleures performances de sa part.
Un cycle vicieux
Ce que ça dit aussi sur le rugby français, c'est moins reluisant. On a ce problème structurel : on fabrique des icônes, on les consomme, on les juge. Michalak en a fait les frais. Castaignède aussi. Dusautoir lui-même, dans une moindre mesure. Le cycle recommence avec Dupont, simplement amplifié par les réseaux sociaux et la vitesse de diffusion des opinions.
La conclusion de Dusautoir devrait pourtant s'imposer comme une évidence. "Plutôt que de guetter ce qu'il ne serait plus, on gagnerait simplement à se rappeler tout ce qu'il est déjà." Un joueur qui pèse encore sur le jeu, même différemment. Un athlète qui revient de deux croisés. Un compétiteur qui, ce samedi soir à Toulon, aura probablement une ou deux séquences pour rappeler à tout le monde pourquoi il reste l'un des meilleurs à son poste.
Dusautoir n'a pas cherché à clore le débat. Il a juste rappelé, avec les mots de quelqu'un qui l'a vécu, que juger un champion à ses moments de fragilité dit souvent plus de nous que de lui.

2 heures ago
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