Avant la tournée estivale, l’Union Bordeaux-Bègles ne s’était pas qualifiée pour la phase finale de Top 14. Ainsi, de nombreux Girondins ont pu participer à la tournée estivale du XV de France, à l’occasion de la première phase du Championnat des Nations 2026. Pour cette occasion, Louis Bielle-Biarrey n’a pas été appelé. Pour cause, il avait déjà disputé presque 2 300 minutes sur l’ensemble de la saison 2025-2026, club et sélection compris. Il a donc logiquement été laissé au repos.
8 Français à plus de 30 matchs
Toutefois, l’ailier Bordelo-Béglais voit l’historique de sa saison être contraire au Player Load Guidelines de World Rugby, publié à l’automne dernier. Ce règlement liste les consignes données aux fédérations et clubs pour éviter les saisons à rallonge et potentiellement dangereuses pour les organismes. Ainsi, l’institution internationale demande que les joueurs ne dépassent pas le compte des 30 matchs joués par saison. Pour LBB, le fulgurant trois-quarts arrive à 31 matchs joués… et il n’est pas le seul à dépasser ce compte !
En tout, près de huit joueurs français n’ont pas respecté cette consigne donnée par World Rugby en Top 14. Parmi eux, on compte notamment quatre Bordelo-Béglais. En plus de Louis Bielle-Biarrey, le pilier gauche Jefferson Poirot a également joué 31 rencontres. Toujours dans le pack, Maxime Lamothe (34 matchs) et Boris Palu (33 matchs) sont les deux joueurs qui comptent le plus de feuilles de match de cette saison 2025-2026.
Dans les effectifs des autres clubs, deux avants et deux arrières achèvent cette liste. Ainsi, le Racingman Demba Bamba et le Montpelliérain Baptiste Erdocio comptent tous les deux 31 apparitions sur des pelouses professionnelles cette saison. Enfin, le demi de mêlée toulousain Paul Graou et l’ailier polyvalent toulonnais Mathis Ferté ont aussi dépassé la trentaine. Par ailleurs, une majorité des joueurs cités ont été appelés par Fabien Galthié pour s’entraîner à Marcoussis en début d’été, voire pour s’envoler en Océanie et au Japon.
La convention LNR-FFR supplante World Rugby
Alors, les huit joueurs cités, leurs clubs, la LNR ou la Fédération risquent-ils des sanctions pour avoir dépassé cette limite fixée par World Rugby ? Non, absolument aucune. Pour cause, les normes mises en place par World Rugby sur la “charge des joueurs” ne sont pas applicables dans le rugby professionnel français. Pourquoi ? Parce que “lorsque les fédérations, les ligues et les associations de joueurs concernées ont déjà conclu des accords relatifs à la charge de travail des joueurs (accords locaux), ceux-ci resteront en vigueur et s'appliqueront à tous les joueurs participant à ces compétitions”, selon les directives officielles.
Dans l’Hexagone, le rugby de haut niveau est dicté, en partie, selon les règles de la LNR ou de la FFR. De plus, la convention entre la FFR et la LNR comprend déjà des directives sur la charge des joueurs. Auparavant, un rugbyman professionnel ayant joué plus de 2 000 minutes en club ne pouvait pas jouer pour le XV de France durant l’été. Avec la nouvelle convention signée en février dernier, la possibilité de sélectionner des joueurs ayant dépassé ce seuil est étudiée au cas par cas, en dialogue avec le staff tricolore, le joueur et son club.
Après la signature de cette convention, le vice-président de la FFR délégué à la haute performance, Jean-Marc Lhermet, s’était exprimé sur les différences prises avec les directives de World Rugby. Dans un entretien publié sur le site de la fédération, il tient les propos suivants :
World Rugby a évoqué une préconisation de 30 matchs maximum par saison, mais nous estimons que c’est une solution trop rigide. Trente matchs de 20 minutes ou de 60 minutes, ce n’est pas la même chose. Et 30 matchs pour un ailier de 20 ans ou pour un pilier de 33 ans, ce n’est pas comparable. Nous avons donc fait le choix d’un système plus souple, reposant sur un cadre précis, mais fondé sur l’échange entre les experts des clubs et ceux des équipes de France. Fabien Galthié est régulièrement en contact avec les managers. Deux fois par an, le staff du XV de France est accueilli en immersion dans un club pour un séminaire. Cela permet de comprendre leurs méthodes, leurs contraintes et de construire ensemble les meilleures solutions.”
Des visions qui diffèrent…
Cet été, la quasi-totalité du groupe qui a défendu le blason du XV de France avait moins de 2 000 minutes au compteur avant d’être appelée. Plus précisément, seuls le Bordelo-Béglais Damian Penaud (2 183 minutes) et le Varois Mathis Ferté (2 015 minutes) dépassaient le compte précédemment établi. Parmi les trois noms cités, seul Damian Penaud a pu profiter d’une sélection, contre la Nouvelle-Zélande. Ce dernier s’est blessé à un mollet et a dû déclarer forfait pour le reste de la tournée après 40 minutes de jeu.
Mais pourquoi les règles de la convention LNR-FFR et les directives de World Rugby sont-elles si différentes ? De son côté, l’accord conclu dans l’Hexagone souhaite “travailler sur les rythmes de jeu afin de préserver à la fois la santé et la performance de nos joueurs les plus sollicités”, toujours selon Jean-Marc Lhermet. World Rugby, lui, ne prend pas directement en compte l’aspect performance dans son Player Load Guidelines. L’institution internationale se focalise surtout sur les charges liées aux contacts entre joueurs, en match et lors des entraînements, pour faciliter la récupération et protéger notamment des risques liés aux commotions.
Un règlement compliqué qui tente de s’adapter
Par ailleurs, les directives des deux parties se ressemblent par moments. Par exemple, World Rugby conseille de ne pas jouer sur plus de six semaines consécutives, sans au moins une semaine de repos. Dans la convention LNR-FFR, un système devrait être testé sur la saison 2026-2027. Selon le vice-président de la fédération, la saison sera découpée en “blocs de huit matchs, avec l’objectif que les joueurs n’en disputent pas plus de six, afin de garantir deux week-ends sans match.” Ainsi, les consignes ne sont pas identiques, mais l’idée y est.
Par ailleurs, en Top 14, certains joueurs étrangers explosent carrément les compteurs. Entre autres, les saisons des Géorgiens Davit Niniashvili (35 matchs pour 2 528 minutes jouées) et Aleksandre Kuntelia (35 matchs pour 1 380 minutes jouées) brisent la directive de World Rugby. Toutefois, ces cas sont compliqués et il est difficile de savoir si le nombre de matchs joués et le temps de jeu disputés relèvent de la responsabilité du club, de la sélection ou du joueur lui-même. Encore un casse-tête à résoudre pour World Rugby et les fédérations...

21 heures ago
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